Béatrice Guillaume
biographie de Béatrice Guillaume

Sous le signe du mouvant

Voir le jour dans une famille d'artistes est l'occasion d'être immergé très tôt dans le bain de la création. Pour Béatrice Marie Guillaume, ce fut une révélation précoce qui devait, avec l'âge mûr, prendre une forme assez singulière.

Issue d'une famille raffinée et de grande culture, Béatrice Marie Guillaume eut un contact précoce avec le monde des arts. Petite-fille d'Albert Guillaume (1873-1942), affichiste et peintre renommé dont l'oeuvre figure en bonne place dans les collections du musée de Senlis, elle fut très tôt sensible aux arts plastiques, très largement concurrencés par la présence de la musique. Fille de Vincentina Boncza Tomaszewska, pianiste de concert polonaise qui connut un réel succès en Extrème Orient, elle aurait pu, à son tour, devenir virtuose du clavier. Mais la sévérité de sa maman l'amena à renoncer d'elle-même à emprunter cette voie.

Placée sous le signe du voyage - son père (directeur de la Plantation des Terres Rouges au Viet-Nam), ville d'Extrême-Orient où elle vint au monde - Béatrice Marie Guillaume ouvrit très vite son cœur aux dimensions de l'univers. Béatrice aurait pu se sentir une perpétuelle déracinée. Peut-être est-ce à cause de cela qu'elle accorda inconsciemment tant d'attention à l'art, comme s'il se fut agi d'une patrie d'adoption, d'un lieu d'ancrage dans la mouvance. « Quand j'étais à Paris, je ne me sentais bien qu'au milieu de la nature. Avec un grand-père peintre et un autre médecin, je ne manquais pas de modèles. C'est ainsi qu'à 14 ans, je me suis retrouvée sur les bancs de la fameuse Académie Jullian, atelier où je devais étudier de 1960 à 1964. »

C'est sous la direction de M.G. Met de Penninghen que Béatrice Marie Guillaume s'initia aux techniques graphiques. Elle voue à ce professeur une sincère reconnaissance. Mais il faut du temps, beaucoup de temps parfois, avant d'être en mesure d'avancer sur sa propre route... Le
déclic décisif ne se produisit que bien plus tard. Un jour, un peintre italien invita très amicalement Béatrice à s'exercer à ses côtés. Cet homme clairvoyant eut l'idée de la faire travailler de la main gauche. Il ressortit de cette expérience un résultat inattendu et concluant : une manière d'écriture étrangement apparentée à la calligraphie arabe. Quand on veut faire de l'art, le tout est de s'accepter, de ne pas aller à l'encontre de sa nature. Craie, encre, crayons de couleur allaient aider la chrysalide à se transformer en papillon. Peu à peu, un langage personnel est né, donnant à Béatrice Marie Guillaume un outil de création singulier. « J'essaie autant que possible de partir du vide. Je saisis mon pinceau et commence par des jeux d'écriture, en progressant de droite à gauche. La couleur n'arrive qu'après. Cela revient un peu à faire le saut de l'ange. Je tente toujours de me tenir au plus près de la vacuité, du rien, comme les peintres zen. Dans cette expérience relativement chorégraphique, la musique m'aide énormément. Il existe un style de musique approprié à chaque moment de la journée. Le matin, par exemple, je commence avec Bach, Monzart et Monteverdi. Plus tard, il faut que ça bouge davantage. Je passe alors à Debussy. Mais ce peut être aussi Gershwin, compositeur que j'aime tout particulièrement.»

S'efforçant de « trouver la synthèse » dont elle rêve, de créer sa propre syntaxe, Béatrice Guillaume s'attache à transcrire l'éphémère, le mouvement fugitif des choses, leur déroulement incessant, comme celui des vagues de la mer. Elle veut capter «l'esprit du vent », la saveur même de l'aube, l'aspect naissant des choses plutôt que leur accomplissement, convertissant ses sensations en une nuée de signes, sans renoncer parfois à dire la souffrance des hommes, mais sans aucune lourdeur visible. Il y a presque toujours des personnages au sein des paysages qu'elle peint. Cela parfois ressemble à des bandes dessinées, mais le message qu'elle nous adresse est toujours porteur d'espoir et de lumière.

Luis PORQUET
Mai 2008.



Issue d'une grande famille d'artistes, Béatrice Marie GUILLAUME fréquenta très tôt de prestigieuses écoles d'art et se livra tout au long de sa vie à d'incessantes recherches, d'où la particularité de son actuel style ondoyant d'artiste protéïforme, qui crée de la main gauche un travail informel et des pictogrammes, et réserve sa main droite au figuratif et au narratif de la nature.

De prime abord, sa vision du réel est digne d'intérêt tant la grâce et la finesse s'allient à l'élégance afin de peindre des natures mortes fruitées avec superbe, tandis que les fleurs ne sont pas en reste, haut perchées qu'elles sont sur leur tige grêle, lovées avec originalité. Ici, couleurs, contrastes et transparences affirment bien le brio de l'artiste en aquarelles fluides, tout comme ses motifs, ses rivages, ses ciels, d'un effet convaincant et essentiel du naturel poétisé avec esprit.

En effet, ces peintures réalistes de Béatrice Marie GUILLAUME émettent un dynamisme créé par une touche audacieuse et pourtant mesurée au gré de compositions vitales et brillantes.

Mais la main gauche n'est pas en reste et ne brouille nullement le talent inné et la remarquable technique de l'artiste, tant la façon de situer rythmes et couleurs dégage une harmonie pleinement décorative, où gravitent et fourmillent des éclats gestuels, d'un équilibre toujours significatif, véritables vibrions de formes et d'êtres qui composent d' étonnants ensembles, créatifs et hautement évocateurs, et où l'expression se lie avec sûreté aux pures sources graphiques d'un script étrange et fascinant.

André RUELLAN, critique d'art

 

 

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